MINILOGO

« C’est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, ne signifiant rien. » (Vial Bernard, Le sang révélateur de notre inconscient, Guy Trédaniel éditeur, 2012. p. 98.)

D‘ailleurs, A.T. Still dans Philosophie de l’Ostéopathie (traduit par P. Tricot, page 160),  explique que « Harvey n’a atteint que les rives du fleuve de la vie. Il vit que l’extrémité et l’embouchure du fleuve sanguin commençaient et se terminaient au cœur pour accomplir l’œuvre mystérieuse de la construction de l’homme. Alors, il revint au camp et abandonna ce complexe à la spéculation d’autres esprits, leur laissant déterminer comment il est fabriqué, de quoi il est composé et comment il devient un véhicule de vie soutenant tous les êtres. Il discerna que le génie de la nature avait écrit sa sagesse et son désir avec l’écriture rouge de la vérité. »

Pour les iatromécanistes, l’homme était un assemblage de poulies, de cordages, d’engrenages, et la pathologie résultait d’un dérèglement mécanique. Pour Borelli (1608-1679) mathématicien, philosophe, astronome, médecin et physiologiste italien, le fluide contenu dans les nerfs pénétrait rapidement dans la substance musculaire, la gonflant, ce qui rapprochait ses deux extrémités et déplaçait les os. Baglivi (1668-1707) médecin à Raguse (aujourd’hui Dubrovnik) en Croatie, héritier de Borelli, pensait que « l’élément fonctionnel de tous les tissus était la fibre », laquelle avait « la propriété de contraction et de relâchement ». Il détermina l’existence des fibres charnues, provenant du cœur, lesquelles présidaient à la formation de tous les tissus musculo-squelettiques (os, cartilages, tendons...) et une fibre membraneuse provenant des méninges et formant les fibres des autres tissus, viscères, vaisseaux, etc. Baglivi considérait que le cœur et les méninges étaient deux pompes liquidiennes baignant ces fibres. Le cœur pompait le sang qui se propageait à toutes les fibres charnues et les méninges en se contractant rythmiquement, chassait le liquide cérébral dans les nerfs, jusqu’aux dernières extrémités de ceux-ci. (Traité de médecine ostéopathique, Histoire et principes de l’Ostéopathie à ses débuts, op. cit. p. 123)

Nous pouvons déjà apercevoir à travers ces découvertes, les grandes lignes de la théorie de W. G. Sutherland qui mit en place le concept crânien et la circulation du liquide céphalo-rachidien, ainsi que le premier principe de l’Osteopathy énoncé par A.T. Still selon lequel « la règle de l’artère est suprême ». Dans ce concept iatromécaniste, l’âme est complètement séparée du corps. Toutes les fonctions du corps sont automatiques. Le sang contient des globules qui vont se loger dans les différents organes pour remplacer les pièces usagées ou favoriser leur croissance. Une obstruction à l’écoulement de ce liquide va empêcher le renouvellement des pièces de la machine humaine et les organes du corps vont se dérégler.

Ceci peut sembler simpliste, mais il est intéressant de se replonger dans la pensée de l’époque afin de comprendre l’évolution de la pensée d’A.T. Still.

Bien qu’intéressé par le côté « mécanique » du concept iatromécaniste, les modèles précédents bien qu’étant très intéressants se révélaient insuffisants aux yeux d’A.T. Still. En effet, pour lui :

« Le sang et les nerfs étaient porteurs d’un principe vital qu’il appellera les “rivières de la vie”, et chaque globule rouge, chaque graine de “blood seed” est investie d’une intelligence parfaite de sa fonction ultime. Selon Still, liquides et nerfs, lorsqu’ils arrivent à la périphérie construisent activement les tissus, structures comme fonctions, et la construction des tissus locaux est faite en harmonie avec toutes les constructions tissulaires faites ailleurs, grâce à l’orchestration des centres nerveux supérieurs. » (Traité de médecine ostéopathique, Histoire et principes de l’Ostéopathie à ses débuts, op. cit. p. 128.)

A.T. Still reprendra, dans l’introduction de son Osteopathy, Research and Practice, ce que les iatromécanistes avaient énoncé au XVIIe siècle :

« Je pense que l’Osteopathy est une science qui ne peut être expliquée que selon des fondements mécaniques. (Osteopathy, Research and Practice, op. cit. p. 2)

35 Je considère que l’homme constitue la réponse à la question : «  La Nature prouve-t-elle sa perfection par son œuvre ? Je dis “oui” et traite le corps humain comme une machine devrait l’être par un mécanicien. » (Ostéopathie, Recherche et Pratique, op. cit. p. 26)

Dans son Autobiography, il continue, toujours avec la pensée des iatromécanistes :

« Ainsi, si les canaux d’approvisionnement du corps sont obstrués, et que les courants distributeurs de vie n’atteignent pas leur destination en transportant tous les corpuscules de vie, la maladie peut s’établir. (…) En de telles circonstances, un ostéopathe enlèverait l’obstruction par l’application des lois infaillibles de sa science, et l’aptitude de l’artère à accomplir le travail nécessaire ferait le reste. » (Autobiographie, op. cit. p. 166)

«  L’Osteopathy raisonne avec l’idée que le pouvoir général ou particulier de tous les nerfs doit être libre de voyager à travers toutes les parties du corps sans aucune obstruction pouvant être produite par un os démis, un muscle, un nerf, une veine, une artère contracturée, rétractée ou hypertrophiée. » (Autobiography, op. cit. p. 326.)

«  Un corps parfaitement ajusté produisant un sang pur et abondant, délivré en temps utile et en quantité suffisante pour répondre à toutes les exigences de l’économie de la vie, voilà ce que l’ostéopathe connaissant son travail peut vous donner à la place des drogues. » (Autobiographie, op. cit. p. 299.)

Après le « tout-chimique » et le « tout-mécanique », un troisième courant arriva pour modérer les débordements des courants de pensée précédents. L’homme était animé d’un principe vital qui baignait toutes les structures du corps. La pathologie était une réponse du principe vital à une contrainte extérieure ou intérieure.

 

Dans son Autobiographie, A.T. Still nous révèle qu’en 1874, il adoptait le point de vue selon lequel le sang vivant essaime des corpuscules vivants qui sont transportés vers toutes les parties du corps.

En entravant ce courant de sang, on quitte la rivière de la vie pour entrer dans l’océan de la mort. Voilà la découverte.

Les artères apportent le sang de la vie et édifient l’homme, l’animal et tous les autres corps.

Les artères vivantes constituent le monde, remplissent tout espace et forment les nuages.

 

Si le Divin est compétent et connaît Son travail, Il a certainement fait un bon travail. 

L’être humain, tel que nous sommes, selon A.T. Still et la grande tradition ésotérique retranscrite dans les Védas et les Upanishad, est l’union des forces célestes et des forces terrestres. La Grâce intervient pour donner l’étincelle à cette action. Les forces de la Terre apportent l’énergie vitale qui donnera à l’homme ses sens, ses perceptions ses pensées, ainsi que le mental terrestre pour lui permettre d’accomplir sa raison d’être sur Terre. Le but de l’homme sera de dépasser, de sublimer son individualité, et l’ego, pour élargir sa conscience et permettre au mental terrestre de rejoindre le mental céleste pour retourner à la source.

Nous retrouvons les grandes idées de la philosophie de l’Inde. La circulation de ce fluide qui va de l’éther à la Terre et inversement, A.T. Still l’assimile aux canaux artériels qui ne doivent en aucun cas être gênés dans leur fonctionnement et ainsi répondre à la première grande loi de l’Osteopathy : la règle de l’artère est suprême. Dans ce cas nous nous rendons compte que le terme « artère » ne se limite pas au terme anatomique mais à la voie de conduction, le canal qui véhicule cette énergie, cette conscience. D’ailleurs, dans son Biogène, il s’exprime en ces termes :

« Pour que l’étudiant puisse comprendre pourquoi la puissance artérielle ou céleste doit être amenée pour agir avec toute sa force sur la substance terrestre ou corporelle, il lui suffit d’imaginer un moment que l’organisation physique de l’homme contient toutes les substances chimiques appartenant à la Terre et que ces substances chimiques sont poussées à une forte croissance par la force vitale ou la nourriture venant pour l’essentiel du sol. Aucune croissance ne peut apparaître sans l’assistance des forces célestes, divines ou atmosphériques telles que la rosée, la pluie, la lumière, l’obscurité et la température, qui permettent  à la végétation de vivre. Il suffit à l’étudiant de réfléchir un moment pour savoir que les lois régissant la croissance végétale gouvernent de la même façon la vie animale. » (The philosophy and Mechanical Principles of Osteopathy, op cit. p. 252)

Leucippe, philosophe grec et Démocrite semblent avoir été les premiers à avoir suggéré que la matière était composée de particules infimes et invisibles à l’œil nu. Démocrite appela ces particules, atomos (qu’on ne peut pas couper).

C’est Faraday en 1832, qui, le premier, exprime que l’électricité est la force qui lie les atomes entre eux. En 1869, le chimiste russe Dimitri Mendeleïev classe tous les éléments chimiques connus alors d’après leurs propriétés chimiques. On en était là, officiellement dans les années 1880. A.T. Still réalise alors que la matière, une fois réduite à sa plus simple expression, l’atome, peut servir à constituer n’importe qu’elle forme corporelle car toute substance contient, en elle, toutes les autres espèces et peut ainsi prendre n’importe qu’elle forme. La molécule d’A.D.N. n’était pas encore découverte à cette époque. Pour A.T. Still, lorsque la matière n’est plus divisible, elle devient un fluide de vie qui s’unit facilement à d’autres atomes et c’est ce fluide de vie, ces atomes, qui circulent dans le corps à travers les « rivières de la vie ». (Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie, op. cit. p. 295)

Ainsi A.T. Still considérait ce fluide de vie, ce nuage, cette nuée, comme la Conscience, la Vérité, la Connaissance, l’Amour, la Grâce. Tout ce fluide de vie circule dans les rivières de la vie représentées par les artères dans le sens du Divin vers le corps et ensuite à l’intérieur du corps lui-même. L’artère permet ainsi la circulation de l’information du Divin vers le corps pour lui donner le bon remède. A.T. Still précise :

« La règle de l’artère est absolue, universelle »

Absolue : Dont l'existence ou la réalisation ou la valeur est indépendante de toute condition de temps, d'espace, de connaissance.

Universel : Qui s'étend à l'univers entier, qui embrasse la totalité des êtres et des choses. L'Être universel : Le Divin.

 « La règle de l’artère est absolue, universelle ; elle ne doit pas être obstruée au risque de voir apparaître la maladie. J’ai proclamé ici ou là que les nerfs dépendent tous entièrement du système artériel pour leurs qualités telles que sensation, nutrition et mouvement, alors même que, par la loi de réciprocité, ils fournissent force, nutrition et sensation à l’artère elle même, et j’ai proclamé ultérieurement que le corps de l’homme est la pharmacie de Dieu et comprend lui-même tous les liquides, drogues, lubrifiants, opiacés, acides et antiacides, et toutes sortes de drogues que la sagesse de Dieu a pensées nécessaires au bonheur et à la santé humaine. » (Autobiographie, op. cit. pp. 163-164)

« Lorsque vous avez lavé le corps de toutes sa saleté, évacuée par les émonctoires, vous êtes alors prêts pour le nourrir par les artères. » (Autobiography, op. cit. p. 192)

Plus loin il complète :

« Y-a-t-il aucun principe dans les Cieux, sur la Terre, dans le Mental, dans la Matière et dans la Conscience, qui ne soit pas représenté selon son type et sa qualité dans les aspects de la constitution humaine ? La représentation des planètes des Cieux se trouve dans l’homme. On trouve l’action des corps célestes représentés dans nos corps. Vous trouvez en miniature le mental contrôlant le pouvoir de la conscience. Par la raison, vous trouvez que c’est le résultat de votre conclusion soutenue par l’aptitude connue comme étant le pouvoir de la connaissance. Et lorsque la machine fut conçue, le pouvoir d’expansion, d’auto-préservation, toutes les passions des animaux des champs et toutes les aspirations à Dieu lui furent données. Toutes ces qualités existent en l’homme. Ces mêmes qualités, vous les retrouvez également sous une forme plus raffinée chez la femme, la partie sensitive de l’ensemble caractérisant la race humaine. Elle est un principe plus raffiné que l’homme. Elle est sensorielle, l’homme est motricité. Il est moteur, elle est intellectuelle. Laissez moi vous suggérer que dans la constitution humaine, se trouvent les nerfs moteurs permettant au sang à travers les artères de gagner les confins du corps à partir du cœur, et d’y retourner par les veines. Donc, dans la constitution humaine, on trouve le principe moteur ou principe paternel, mais également l’autre, le maternel, dans le retour du sang au cœur, d’où il est de nouveau renvoyé pour la bataille de la vie. » (Autobiography, op. cit. p. 240)

« La pensée est l’action du mécanisme le plus élevé de la vie, nourrie par les nerfs de la sensation et de la nutrition à l’intérieur de laquelle uniquement les globules du centre de la vie – les artères de la raison étant tissées à la mains avec les fils de la connaissance par le métier à tisser de l’Infini qui transforme tout ce qui est du mental en un mouvement général, transformant ce pouvoir en expansion dans tous les êtres, formes et mondes : une qualité qui est aussi abondante que l’espace, lorsque vous pensez à toucher le fil qui vous relie à l’Infini. » (Autobiography, op. cit. p. 321)

« L’Osteopathy raisonne avec l’idée que le pouvoir général ou particulier de tous les nerfs doit être libre de voyager à travers toutes les parties du corps sans aucune obstruction, laquelle pouvant être produite par un os démis, un muscle, un nerfs, une veine, une artère contracturés, rétractés ou hypertrophiés. Qu’ils soient hypertrophiés ou diminués, les nerfs, le muscle, l’artère sont de forme anormale et toutes leurs actions dans et pour la vie doivent obéir strictement à la loi de la force existant dans le cœur, le cerveau et tout le système sensoriel. » (Autobiography, op. cit. p. 327)

« En 1874, j’adoptai le point de vue selon lequel le sang vivant accumule le sang vivant qui est transporté vers toutes les autres parties du corps. (…) Les artères apportent le sang de la vie et édifient l’homme, l’animal et tous les autres corps. Les artères vivantes forment le monde, remplissent tout l’espace et forment les nuages. » (Autobiography, op. cit. p. 343)

À travers toutes ces citations nous pouvons prendre conscience de l’étendue de son premier aphorisme, « la règle de l’artère est absolue et universelle ». L’artère est le canal anatomique dans le corps physique et le canal spirituel qui unit l’être humain à la Nature et au Divin.

Nous pouvons nous rendre compte que nulle part, A.T. Still nous parle du sang circulant dans les artères. Il nous parle des artères et du sang vivant lequel est différent du sang circulant.

Vous trouverez plus de précisions encore, en parcourant LUMIÈRE SUR L’OSTEOPATHY.

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